Installations-in situ

Mon travail d’encres sur des surfaces de papier de plus en plus grandes, met le spectateur dans une confrontation directe et à son échelle. Il ne peut plus garder une distance avec ce qu’il regarde, mais s’y trouve immergé. Ce faisant l’expérience sensitive est directe et radicale. L’encre regardée devient une invitation au voyage et à la confrontation d’égal à égal. Il n’y a plus celui qui regarde et qui jauge, mais deux acteurs d’une expérience picturale unique, source d’interactions riches et fécondes.

J’ai été sollicité à plusieurs reprises pour participer à des expositions thématiques et y ai participé, comme ce fut le cas en 2015 à l’Usine Utopik de Tessy/Vire sur le thème de la guerre 14-18, puis en 2016 à la galerie Medusa de Bayeux autour du Manuscrit de Bayeux, et plus récemment en 2017 à l’espace Michel Frérot de Thaon sur le thème des femmes illustres. Les contraintes imposées dans le cadre de ces expositions thématiques et collectives, me poussent assez naturellement à faire des installations, à mettre en scène mes encres, chose assez nouvelle pour moi et qui marqua un tournant dans la façon de penser mon travail.

Parallèlement à cela, avec la complicité de Jean-Yves Lepetit et d’Antoine Pérus (association Zinzolin), j’ai commencé à investir des lieux patrimoniaux, dans lesquels nous nous intéressons tout particulièrement à la confrontation du papier avec l’édifice monumental. J’y retrouve l’opposition entre la douceur du pinceau et la dureté du trait de l’encre. Cette confrontation de l’encre sur papier et de la pierre ou d’autres matériaux de construction, permet également une réflexion sur le volume et la lumière, mais aussi sur les formes. Elle souligne et met en valeur les caractéristiques plastiques de ces bâtiments patrimoniaux. Tout ce qui, a priori, s’oppose, dureté, lourdeur et opacité de la pierre, souplesse, légèreté et transparence du papier, finalement se mettent en valeur mutuellement dans une harmonie heureuse.

Dans la chapelle de St Rigomer des Bois (72) nous ne pouvions accrocher le moindre travail tellement les murs étaient occupés par des représentations iconiques peintes et  sculptées. Nous avons tendu des câbles entre les grandes poutres traversantes afin d’y suspendre des encres placées deux par deux et dos-à-dos. Le visiteur pouvait alors entrer dans les bancs en bois pour regarder de près les grandes encres suspendues, ou simplement se promener dans l’allée centrale. Nous avions installé des lampes orientées sur les pavés de l’allée centrale, marquant ainsi un cheminement visuel appuyé vers la très grande encre peinte suspendue au fond de la chapelle. Nous avions retourné le choeur de la chapelle, il était alors dos à l’autel.

Dans l’exposition au Sépulcre en 2017, l’ensemble du bâtiment fût investi par des installations multiples, tirant parti des caractéristiques du lieu. La première forêt vit le jour. L’année suivante nous avons poursuivi cette approche dans la salle d’exposition du nouveau lieu culturel à Saint-Rémy-sur-Orne. Sa forme rectangulaire et plutôt allongée nous a introduit de nouvelles contraintes scénographiques moins évidentes à aborder. Plusieurs installations, comme une forêt, nous permirent de créer du relief dans une salle assez ouverte et plate.

L’exposition dans l’église Saint-Nicolas à Caen en juillet 2019 marqua un tournant significatif dans cette démarche et dans ma façon d’aborder le travail in situ. Au-delà de s’adapter aux contraintes et à la configuration des lieux afin d’orienter en amont le travail en atelier, la réalisation de la grande vélaire (https://youtu.be/bHEpCHni5oU), une encre de 50m, dans le bâtiment, plusieurs mois avant l’exposition, fait prendre une autre dimension à notre approche, puisque c’est le lieu lui-même qui a permis la réalisation de l’encre.