expériences

Le travail de l’encre autorise de nombreuses expérimentations.

La première voie que j’ai suivie tente une approche sensible du contact dynamique de l’encre avec la matière, c’est-à-dire le papier, son support, et l’eau son vecteur de propagation, d’exploration. Lors de mes voyages au Japon, à la rencontre de mes amis du groupe Sumie-ten de Tokyo, j’ai pris l’habitude d’aller les photographier chez eux, là où ils peignent. Je faisais également des vidéos pour mieux comprendre leurs pratiques. Je plaçais souvent l’objectif au plus près de la matière, là où l’alchimie opère. J’ai également commencé une série de petites captations de mon propre travail, dont certaines se trouvent dans le film (http://youtu.be/RvIDRGCkdx8) que nous avons montés avec Jean-Yves Lepetit et Antoine Pérus, à l’occasion de l’exposition réalisée à Caen, à l’église du Vieux-St-Sauveur en octobre 2013. On trouve d’ailleurs dans ce film des captations que j’ai fait au Japon de mes amis peintres (Keiko Arai, Haruko Katayama, Chikako Yokoyama et Hamid Tibouchi) avec qui nous avons fait l’exposition. Le propos ici est de se placer au plus près de l’encre au moment où elle vit, c’est-à-dire entre le moment extrêmement ténu pendant lequel l’encre est encore dans son état liquide. C’est un instant magique, très fugitif, pendant lequel tout est possible, l’apparition de mondes étranges, superbes, profonds, lumineux. C’est pendant ce bref instant que l’on peut intervenir pour modeler l’encre… : « Le geste se laisse glisser sur le papier. Dépose, dose et expose plus ou moins l’encre. Brillances, lueures, matières fond émerger du papier les volumes les plus purs, résultat de l’alliance ancestrale de la main à l’outil, lue par l’imaginaire. » Valentin Bourdon

La deuxième voie que j’ai prise aborde la question de l’encre dans une toute autre dimension, puisqu’il s’agit de pénétrer au plus profond de ses structures, de ses fondations internes, une fois le calme revenu. Ici on regarde l’encre une fois que tout est figé, arrêté. C’est l’instant d’après celui pendant lequel tout s’est joué. Les montagnes sont apparues sous des forces telluriques impensables, les océans se sont formés, déformés, les continents aussi. Et puis l’instant d’après, c’est le calme et la contemplation et/ou la compréhension du pourquoi, du comment, et des propriétés de ces constructions aussi superbes qu’inattendues, ces paysages éternels et évidents de beauté et de majestuosité… Pour cela j’ai entrepris de détourner un banc de reprographie pour l’offset, qui est obsolète aujourd’hui, que j’ai baptisé ma « chambre photomérique ».

J’ai rassemblé une première série de photographies de détails réalisés dans des encres dans un ouvrage intitulé « Encre-temps, éloge de la lenteur ».