«Exposition Félix Vallotton – Grand Palais, Paris », lundi 30 décembre 2013.

Je suis assez déçu par cette exposition. Il y avait bien sûr de nombreux tableaux et des très intéressants, mais combien, en très grand nombre qui ne me plaisaient pas. La balance, au final est assez négative. J’ai vu un tirage original de la série de gravures sur bois (xylographie) intitulée « Le mensonge ». Ses gravures sur bois sont intéressantes en général. La série « Le mensonge » est remarquable. L’occupation de l’espace par le noir uniforme, servant magnifiquement les formes et le blanc des traits ou des retraits, me laisse songeur. Il y a là une puissance de représentation et en même temps une frontière du dessin, de la forme, de l’espace d’une absolue liberté. J’ai repéré au tout début de l’exposition, un tableau de paysage qui me rappelle l’esprit d’un petit tableau à l’huile que j’avais fait à partir d’une photographie de Michel ; elle représentait une oasis en Algérie, où l’on voyait une tache de vert anglais parfaitement incongrue dans le jaune du sable désertique. La facture était assez naïve.L’ampleur du travail, bien que volumineux en nombre de toiles, n’a absolument pas, à mon sens, la puissance et la diversité créatrice de celles de Braque. La proximité des deux expositions, car j’ai visité celle de Braque juste après, est sans appel. On voit bien chez Vallotton un très bon peintre capable de faire des portraits très classiques. Il possède un savoir faire indéniable, mais il manque cruellement de virtuosité créatrice. Son art a de la peine à prendre de la hauteur, à ouvrir de nouvelles voies. On connaît sa peinture, je veux dire son style, à travers une stylisation des nuages ou des parties de paysages (arbres, bosquets…) en utilisant des formes arrondies, petites surfaces disjointes qui s’assemblent par proximité au point de faire le motif. C’est le cas par exemple de « Clair de lune » (1894) ou encore de « la Grève blanche, Vasouy » (1913). En regardant l’exposition, rassemblant une grande partie de sa production, cet effet de style n’est pas aussi présent que cela. Il apparaît même à des périodes différentes. On ne voit pas de lignes de force se dégager. J’aime bien le tableau sur Honfleur, où l’on voit la ville en contre-bas, les toits sous un effet de brouillard lumineux ; c’est très réussi.

Toute la série sur la mythologie, voire sa mythologie, en particulier son rapport aux femmes où l’on passe de la femme comme objet de beauté, à la femme comme sujet d’emmerdement, reprend le chemin d’un classicisme étonnant. On perd définitivement tout espoir d’explorer une voie singulière.

Au début de l’exposition nous est présenté une série de femmes nues assez prometteuse, mais dont l’originalité vient peut-être plus du rendu diaphane des corps que de l’ensemble du tableau, les fonds n’étant pas très travaillés. Une exception toutefois, dans cette série, avec la toile où le fond n’existe pas, en effet l’ensemble du champ est rempli par quatre corps de femmes cadrés à la hauteur des têtes et des genoux. La composition est assez osée pour une peinture, moins pour une photographie, Valloton ayant joué sur des coloris spécifiques pour chacun des corps.

En parlant de corps, et Vallotton n’a pas été en reste de peindre des corps nus, il faut noter la peinture du fessier d’une femme légèrement déhanchée. Là encore le cadrage est osé et le rendu assez étonnant et l’ensemble tout-à-fait impromptu dans l’oeuvre. On voit assez nettement ici un cadrage qui pourrait être photographique. L’assymétrie du rendu des deux fesses, l’une toute plissée, l’autre parfaitement lisse, peut paraître étrange, mais en réalité donne un mouvement, une réalité toute particulière au tableau.

Vallotton a peint « Le bain au soir d’été », un tableau assez étrange et unique à la fois, où l’on voit des femmes de tous âges se baigner dans une rivière, tandis que d’autres semblent se préparer au bain. Je trouve ce tableau très orientaliste dans sa composition. J’ai vu au Japon des peintures traditionnelles construites sur le même principe, où l’on voit plusieurs scènes de face dans des plans horizontaux qui se superposent, créant ainsi un faux effet de perspective dans lequel les nombreux personnages ont tous une égale importance.

Vallotton a aussi beaucoup pratiqué la peinture à partir de photographies. Je trouve que cela se ressent dans certaines de ses toiles, tenu par ce cadre qui le bride dans ses développements.